Cet article présente Patricia Resick, Edna Foa et Francine Shapiro, trois prionnières dans le traitement contemporain du syndrome du stress post traumatique. 

Edna Foa et la thérapie d’exposition prolongée

En 1980, un nouveau trouble anxieux apparaît dans le DSM-III : le syndrome du stress post traumatique (ESPT). On savait déjà à l’époque que les techniques d’exposition étaient efficaces pour le traitement des phobies spécifiques, des troubles panics ou encore des troubles obsessionnels compulsifs. Et c’est donc tout naturellement qu’une chercheuse, Edna Foa, a adapté les méthodes d’exposition pour le traitement de l’ESPT : l’exposition prolongée pour l’ESPT est née. Ce traitement sera testé pendant deux décennies et montrera son efficacité sur des populations aussi variées que les survivantes d’un viol, les survivants d’abus sexuels infantiles, mais aussi les survivants d’accidents de la route, de tortures ou encore de combats militaires. (1) Son efficacité a d’ailleurs été reconnue aux Etats-Unis par l’Académie Nationale de l’Institut de Medecine, l’Association Psychiatrique Américaine ou encore le Departement des Affaires des Vétérans et de la Défense (2).  Edna Foa est professeur de Psychologie à l’université de Pennsylvanie. En 2010, le Time l’a nommée parmi les cent personnes les plus influentes du monde (3).

L’EMDR et Francine Shapiro

L’histoire de l’EMDR commence en 1987 lorsqu’une docteure en littérature anglaise, Francine Shapiro, s’aperçoit lors d’une balade, que ses pensées perturbantes qui revenaient d’habitude en boucle, disparaissent soudainement puis revenaient à l’esprit avec une charge émotionnelle moindre et ce sans aucun effort particulier. En y prêtant attention, il lui semble que ses yeux bougent très rapidement spontanément lorsque les pensées perturbantes apparaissent. Six mois plus tard, elle en fait une procédure standard pour diminuer les symptômes d’angoisse : la désensibilisation par les mouvements oculaires- EMD. En 1990, l’EMD deviendra l’EMDR avec une insistance sur les théories de traitement de l’information plutôt que sur la désensibilisation. En 2000, à la suite d’une série d’études cliniques, la Société internationale des études de stress post-traumatique a désigné l’EMDR comme un traitement efficace pour le traitement du stress post-traumatique. Le département de la Santé du Royaume-Unis suivra un an plus tard (4), non sans controverses (5). En 2002, elle reçoit le prix Sigmund Freud pour son apport à la psychothérapie(6).

Elle est décédée le 16 juin 2019 à l’âge de 71 ans (7), laissant un empire derrière elle : l’Institut d’EMDR qui en fait la promotion en Amérique du Nord, EMDR Europe qui inclut 32 associations nationales faisant la promotion de l’EMDR et EMDR Global Alliance qui vise à établir des liens entre les associations de promotion de différents continents (8). Il s’agit très probablement de la méthode promue le plus efficacement auprès du grand public. Le nombre de thérapeutes formés à l’EMDR s’élèverait à 100 000 et des millions de personnes auraient été traitées par l’EMDR au cours des 25 dernières années (9).

La thérapie du retraitement cogntif et Patricia Resick

Notre troisième histoire débute au commencement des années septante, dans l’un des rares centres de crise pour les victimes de viols aux Etats-Unis, avec parmi les premières cohortes de psychologues chargés d’accueillir les victimes, une jeune licenciée nommée Patricia Resick. Plus tard, son travail avec les femmes victimes de viol l’amènera à remettre en question l’idée que l’ESPT est uniquement un trouble anxieux- l’ESPT ne sera plus considéré officiellement comme un trouble anxieux qu’à partir de 2012, date de la sortie du DSM-V. En 1993, le premier manuel de thérapie du retraitement cognitif est publié et la TRC pourra trouver son assise treize ans plus tard lorsque Patricia Resick, Kathleen Chard – sa première post-doctorante- et Candice Monson sont chargées de développer des outils pour appliquer la TRC au service du département américain des vétérans de guerre (10).   Resick, Monson et Chard sont actuellement toutes trois professeurs de psychologie (11). La thérapie du retraitement cognitif est apparue comme étant la thérapie la plus efficace pour le traitement de l’ESPT d’après deux méta-analyses majeures (12,13).

SOURCES

1. Foa, E. B., Hembree, E. A., & Rothbaum, B. O. (2007). Prolonged exposure therapy for PTSD emotional processing of traumatic experiences ; therapist guide. Oxford: Oxford Univ. Press.

2.McLean & Foa. (2011) Prolonged exposure therapy for post-traumatic stress disorder: a review of evidence and dissemination. Expert Rev. Neurother. 11(8), 1151–1163

3. http://content.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,1984685_1984745_1985506,00.html

4.  Shapiro, F. (2007). Manuel d’EMDR: Principes, protocoles, procédures. Paris: DunodInterEditions.

5. Ost, J., et Easton, S. (2006). NICE recommends EMDR for Post Traumatic Stress Disorder: Why? Clinical Psychology Forum, 159, 23-26.

6.https://www.babelio.com/auteur/Francine-Shapiro/19691

7.https://www.theguardian.com/science/2019/jul/15/francine-shapiro-obituary

8.http://emdr-europe.org/associations/european-national-associations/

9.http://www.emdr.com/

10.Resick, P., Monson, C., & Chard, K. (2017) Cognitive Processing Therapy for Ptsd A Comprehensive Manual. Guilford Pubn

11.https://cptforptsd.com/

12.Haagen, J. F., Smid, G. E., Knipscheer, J. W., & Kleber, R. J. (2015). The efficacy of recommended treatments for veterans with PTSD: A metaregression analysis. Clinical Psychology Review, 40, 184-194. doi:10.1016/j.cpr.2015.06.008

13. Watts, B. V., Schnurr, P. P., Mayo, L., Young-Xu, Y., Weeks, W. B., & Friedman, M. J. (2013). Meta-Analysis of the Efficacy of Treatments for Posttraumatic Stress Disorder. The Journal of Clinical Psychiatry, 74(06). doi:10.4088/jcp.12r08225

Pierre Orban

Psychologue Clinicien – Formateur FCPS