Les formations en EMDR suscitent de nombreuses passions parmi les praticiens, certain défendant que seules les formations reconnues par Francine Shapiro garantissent la qualité et préviennent les dangers de la pratique. Que faut-il en penser ?

 Qu’est-ce qu’une formation reconnue en EMDR ?

 

Il faut d’abord savoir qu’il n’existe pas de formation en EMDR reconnue par l’Etat. Ce qui signifie en d’autres termes qu’il appartient aux acteurs des formations eux-mêmes de fixer leurs critères de certification. Tout institut peut donc se proclamer comme étant « officiel ». Par exemple, le titre « EMDR praticien Europe » est un titre non-protégé juridiquement que certains instituts privés décident d’octroyer.

Nous recommandons donc à chacun d’examiner attentivement ce qui est entendu concrètement par les critères de certification d’une formation.

Y a-t-il des instituts de formations reconnus par Francine Shapiro ?

Si on est juste, il faut plutôt dire que certains instituts étaient reconnus par Francine Shapiro. En effet, celle-ci est décédée le 16 juin 2019 (1). Je pense qu’on peut effectivement dire que les modules de base proposés par ces instituts correspondent bien à l’EMDR telle que proposée par Francine Shapiro. En revanche, sachant que ces instituts proposent aussi des adaptations du protocole qui sont parfois très éloignées de celui de base en termes cliniques (2), on ne peut pas être sûr du tout qu’ils seraient reconnus par Francine Shapiro aujourd’hui.

La réponse à la question de savoir s’il faut se former dans un institut initialement reconnu par Francine Shapiro appartient à chaque praticien. Comme nous l’avons dit, l’avantage est que cela permet d’accéder en principe (ce n’est pas garanti) à une formation plus puriste concernant l’EMDR. Le désavantage d’un autre côté, est qu’un recul critique sur le protocole tel qu’énoncé par Shapiro (recherche d’un souvenir source, vision «neuro-magique »  du mouvement oculaire,…) est justement rendu compliqué du fait de cette position. 

Il faut savoir que l’EMDR proposée par Francine Shapiro s’inscrit dans une vision de la psychothérapie qui ne va pas de soi. Elle conviendra tout à fait aux praticiens qui répondront “oui” aux questions suivantes: 
– il faut travailler sur le souvenir négatif le plus ancien associé à l’événement traumatique. 
– des techniques de récupération de souvenirs peuvent être utilisées pour récupérer le souvenir le plus ancien. 
– la libre-association et le mouvement oculaire sont suffisants pour guérir la plupart des patients avec un trouble du stress post-traumatique.

 Pour les praticiens sensibles  aux risques de faux-souvenirs (3) et soucieux de s’aligner sur les standards internationaux des autres grands traitements centrés sur le trauma et dont l’efficacité a été bien validée, la formation puriste sera moins adaptée. Sachant que l’EMDR n’est pas la panacée dans les thérapies pour traiter le trouble du stress post-traumatique (4), la question mérite d’être posée.

Par contre, dans un souci de transparence, il sera toujours nécessaire de préciser clairement quelle est la procédure du protocole et où les adaptations éventuelles sont proposées (et pourquoi).    

La formation en EMDR doit-elle être longue ?

L’EMDR n’est pas un protocole compliqué, bien qu’il soit nécessaire d’être rigoureux et de retenir une dizaine d’étapes essentielles.  D’ailleurs, les instituts qui se disent « officiels » et qui étaient reconnus par feu Shapiro proposent des formations en 6 à 7 jours au total, avec 3 à 4 jours pour le module initial. Il me semble également que c’est un format qui est adapté, mais à plusieurs conditions : que les personnes suivent des supervisions par la suite et qu’elles aient des bonnes bases générales et pratiques en psychologie clinique et en psychothérapie. Si elles n’ont pas ces bases, alors il faudra compenser avec davantage de supervisions ou une formation plus longue.

Par contre, le perfectionnement dans la pratique du protocole s’étend sur plusieurs mois au moins. C’est la raison pour laquelle les allers-retours entre l’apprentissage et la pratique à travers des supervisions sont essentiels. 

Les formations en EMDR peuvent-elles être dangereuses?

Les formations peuvent être dangereuses dès lors qu’elles idéalisent la méthode enseignée et sous-estiment ses potentiels effets néfastes. 

Le fait que des thérapeutes se sentent pousser des ailes avec une technique qu’ils s’imaginent être miraculeuse et qu’ils se mettent à appliquer tous azimuts est problématique. Le recours à des techniques de récupération de souvenirs est lui aussi très préoccupant. Quel que soit l’institut de formation, la surévaluation de la performance d’une technique et surtout, la sous-estimation de ses potentiels effets néfastes en fait une pratique hardie qui peut effectivement faire des dégâts.

De mon point de vue, les supervisions, la définition précise de ce pourquoi la méthode est validée (le trouble du stress post-traumatique), l’analyse extensive et rigoureuse des facteurs de sécurité (au-delà de ceux abordés par Shapiro), la conscience des limites de la méthode et le recul critique basé sur les données scientifiques actualisées font partie des lignes directrices qui permettent d’éviter que les thérapeutes ne nuisent à leurs patients.