Malgré son grand potentiel thérapeutique, certaines critiques de fond doivent être adressées à l’EMDR. Cet article traite de l’une d’elles : la suggestion d’un souvenir source.

Introduction

L’EMDR fait partie des psychothérapies validées pour le traitement du PTSD.

Il s’agit du thérapie intéressante, notamment avec les patients très demandeurs de cette technique spécifique.  En revanche, certaines critiques de fond doivent être adressées à l’EMDR. Cet article traite de l’une d’elles : la suggestion d’un souvenir source.

LA RECHERCHE D’UN SOUVENIR SOURCE DANS L’EMDR

Le protocole EMDR demande au praticien d’identifier un souvenir source, c’est à dire un souvenir antérieur à l’événement traumatique qu’il faudra cibler. (1) Tout praticien de l’EMDR sait qu’il arrive d’ailleurs que des troubles cliniques soient déclenchés à partir d’événements perturbants qui résonnent avec un souvenir traumatique. Citons comme exemple une personne qui serait harcelée moralement et qui expérimenterait le même sentiment de terreur et d’impuissance que lorsqu’elle était battue par sa mère. Dans ce cas, si des symptômes de traumatisme apparaissent sur le long-terme, il faudra également cibler le traumatisme réactivé lié à la maltraitance infantile.

Une étude réalisée sur un échantillon non-clinique (n>2000) a indiqué que l’exposition a des événements traumatiques multiples était associée à un plus grand risque de développer un PTSD lors d’un trauma récent. (…)
Des données sur un très large échantillon (n=551 295) ont par ailleurs montré qu’approximativement 20 pourcents des personnes avec un PTSD attribuent leur trouble, si on le leur demande, à plus qu’un seul événement. (2)

TOUJOURS UN SOUVENIR SOURCE ?

Ce n’est pas parce qu’il y a dans certains cas un souvenir source, qu’il y a toujours une image mnésique antérieure à l’événement à intégrer. Quand ce n’est pas le cas, c’est ce qu’on appelle un trauma simple. 

Il faut garder en tête que l’exposition a des traumas multiples est la norme dans la population plutôt que l’exception. Ce n’est pas parce qu’il y a eu l’exposition a un événement traumatique dans le passé qu’il n’y a pas de rémission actuelle. (2)

 

LA RECHERCHE À TOUT PRIX DU SOUVENIR SOURCE : PERTE D’EFFICACITÉ ET FAUX-SOUVENIRS

La démarche de recherche d’un souvenir source est dangereuse car elle peut induire des faux souvenirs. En effet, il est prouvé qu’il est possible d’induire des faux souvenirs (3) Et ce, y compris en thérapie comme l’a montré Elisabeth Loftus (4) . Nous vous invitons à vous référer au site de la British Society of False Memory  pour davantage d’informations (5).  Dans les cas extrêmes, il y a déjà eu des faits divers de personnes qui après la thérapie par EMDR, étaient convaincues à tort d’avoir commis un meurtre (6).

 

SOUVENIR SOURCE : PERTINENT OU NON ?

La question reste pour le praticien de savoir si le souvenir source est pertinent ou non. Dans mon expérience clinique, je constate que certaines personnes rapportent par elle-même des images intrusives de souvenirs antérieurs à l’événement qu’elles identifient très clairement comme étant en lien avec l’événement. Il n’y a pas besoin de les pousser à identifier ce souvenir source.

Or dans le protocole EMDR, le praticien va très clairement pousser le patient à trouver un souvenir sources. Comme le dit Shapiro (1) : « Alors que les victimes d’ESPT ayant pour origine un seul événement peuvent être traitées avec l’EMDR en ciblant le souvenir traumatique, la plupart des patients auront besoin d’un traitement plus complet. Il devrait comprendre le ciblage séquentiel de ses expériences précoces cruciales de préférence,… »

Illustrons à quel point le protocole est conçu pour que le psychothérapeute ne se décourage pas dans cette démarche :

  1. Pour cibler ces événements, le praticien va d’abord demander au patient d’identifier les événements passés où il a eu la même cognition négative. Et afin de cibler le souvenir originel, le thérapeute va donc demander au patient quand il pense avoir eu pour la première fois ces pensées négatives.
  2. Si le patient ne parvient pas à identifier un souvenir passé, le praticien est tenu d’insister en demandant au patient de se concentrer sur les sensations liées à l’image puis de laisser son esprit flotter vers le passé à la recherche d’un événement (floating back).
  3. Si le patient ne parvient toujours pas à identifier un souvenir passé, le praticien est tenu d’encore insister en demandant au patient de se concentrer sur la première fois qu’il a ressenti ces émotions et sensations (pont-affect).
  4.  Si aucun événement ne vient à l’esprit du patient, le praticien insiste encore en explorant si des événements dans la famille d’origine peuvent expliquer la cognition négative.

Notons que certains auteurs vont même jusqu’à cibler des « empruntes précoces » qui apparaîtraient lors de la période foetale entre 0 et 3 ans (7).

CONCLUSION

L’EMDR peut-être un traitement efficace pour le PTSD, mais aussi un traitement dangereux s’il n’est pas appliqué avec un recul critique.

Cette approche psychothérapeutique peut donc inspirer pour le meilleur, mais aussi, si elle est appliquée comme certains insituts, pour le pire. C’est la raison pour laquelle FCPS a proposé d’encadrer une formation à l’EMDR.

SOURCES

 

1.Shapiro (2007), Manuel d’EMDR (Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires).

2. Complex Trauma in Adolescents and Adults. Available from: https://www.researchgate.net/publication/278795758_Complex_Trauma_in_Adolescents_and_Adul ts [accessed Apr 15 2018]

3.Henry L. Roediger III and Elizabeth J. Marsh (2009), Scholarpedia, 4(8):3858.); http://www.scholarpedia.org/article/False_memory 

4.Henry L. Roediger III and Elizabeth J. Marsh (2009), Scholarpedia, 4(8):3858.); http://www.scholarpedia.org/article/False_memory

5.Site de la “British Society of False Memory “: http://bfms.org.uk/

6.http://doubtfulnews.com/2013/06/controversial-technique-emdr-used-to-convince-woman-she-murdered-her-assailant/, consultée le 09/02/18

7.Dellucci (2010), La boîte de vitesses: naviguer de manière sécurisée dans la thérapie avec des personnes souffrant de traumatismes complexes.

Pierre Orban

Psychologue Clinicien – Formateur FCPS